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13/01/2018

Quelques notes de lectures au clavier

Dernièrement, j’ai acheté plusieurs ouvrages émanant des stocks de l’Institut français de Madagascar qui vendait ses vieux livres au kilo. C’était la foire d’empoigne tellement il y avait du monde et j’avais du mal à choisir. Arrivés à la maison, avec deux kilos de livres sous les bras, je ne savais pas si j’allais aimer ou pas ceux que j’ai choisi un peu à la va vite.

 J'ai découvert que je n'apprendrais pas grand-chose que je ne sache déjà de "Souvenirs, souvenirs... Cent ans de chanson française" (éd. Gallimard). Je suis même frustré du fMadagascar, Randy Donny, livre, Catherine Deneuve, surréalisme, cinéma, Jean Claude Brialy, J ean Roucas, rachid Taha, rockait que ça ne parle pas des Surfs alors que la famille Rabaraona était une des vedettes des anées yé-yé en France Ce que l'on ne manque jamais de mentionner dans d'autres publications. (A moins que ça se trouve dans les 4 pages arrachées du livre). 

Il en est de même de "Stars de l'écran" (éd. Grund). J'ai déjà lu des tonnes de documents sur le cinéma que c'est comme si je suis né à Hollywood et grandi à Bombay (ou l'inverse).

J'attendrais le moment opportun pour lire "Les Surréalistes -Une génération entre le rêve et l'action" de Jean-Luc Rispail (éd. Gallimard) en toute décontraction. Ce n'est pas le genre de sujet qu'on lit à la sauvette. D'autant plus que le surréalisme est un sujet qui m'a toujours passionné.

Sinon, j’avais des appréhensions au début en lisant l’autobiographie de Jean-Claude Brialy, "Le ruisseau des Madagascar, Randy Donny, livre, Catherine Deneuve, surréalisme, cinéma, Jean Claude Brialy, J ean Roucas, rachid Taha, rocksinges" (éd. Laffont). Je croyais que j’allais m’ennuyer avec des histoires de vieilles vedettes du cinéma français. Et bien non, ce fut une lecture délicieuse comme l’aurait dit Jean-Claude Brialy lui-même. Coqueluche de la « Nouvelle Vague », Jean-Claude Brialy est en fait un grand fan des acteurs français de l’après-guerre et sa biographie fourmille d’anecdotes savoureuses et surprenantes, en tout cas inédites, sur ses fréquentations, de Sacha Guitry à Arletty en passant par Marlène Dietrich et Joséphine Baker, sans oublier Romy Schneider et Alain Delon...

Je craignais également de m’ennuyer en lisant le carnet de tournage de Catherine Deneuve, "A l'ombre de moi-même" (éd. Stock). Et j’ai découvert une star qui s’avèreMadagascar, Randy Donny, livre, Catherine Deneuve, surréalisme, cinéma, Jean Claude Brialy, J ean Roucas, rachid Taha, rock être « Madame-tout-le-monde », loin de l’image snob et distant que l’on peut penser en la voyant, tout en restant pudique et discrète. Et lucide sur l’univers impitoyable du cinéma. Ceci prend une dimension particulière en ce moment où on la critique violemment suite à ses propos sur l’affaire Weinstein. Touche pas à Catherine Deneuve. Elle n’est pas de cette génération de Sainte-nitouches hypocrites où un regard persistant est considéré comme une agression sexuelle mais qui se morfondent ensuite sur les réseaux sociaux parce que personne ne prête attention à elles et prennent d’assaut les sites de rencontres. Il ne faut pas prendre tous les dragueurs maladroits à du Weinstein en puissance et autres délinquants sexuels de métro.

Madagascar, Randy Donny, livre, Catherine Deneuve, surréalisme, cinéma, Jean Claude Brialy, J ean Roucas, rachid Taha, rockEn fait, j’ai lu en premier lieu l’autobiographie de Jean Roucas, "Le Bouffon" (éd. J'ai Lu). Le comédien et imitateur derrière la « Bébête show » et autres émissions à succès de la télévision française des années 80. Trente ans avant Sophie Davant (quelle référence !), il permet d’apprendre qu’effectivement « la télévision n’est pas un monde de bisounours ». C’est un milieu où rien n’est acquis définitivement. Le succès comme l’échec. Et en lisant ses histoires sur les afters de dingues des équipes de tournage, je me remémore nos afters interminables et particulièrement arrosés du temps des matinales TV. Comme quoi, ici comme ailleurs, les mœurs se rejoignent.

Rachid Taha... ka ahy !*

Ceci dit, mon coup de cœur est l’autobiographie de Rachid Taha, « Rock la Casbah », éd. Flammarion (Vous avez dû remarquer que j’adore les autobio comme je ne mettrais pas un penny sur l'avenir des autos qui fonctionnent au bio carburant, mais c'est un autre histoire). J’ai connu Rachid Taha dans les années 80. On le présentait alors comme le pionnier du rock beur avec son groupe Carte de Séjour. A l’époque, il n’y avait qu’une seule chaîne de télé pour tout Madagascar, mais j’ai dû voir une ou deux fois Carte de Séjour sur le tube cathodique chanter avec joie, et surtout avec ironie, « Douce France » de Charles Trenet, dans la droite ligne de l’esprit rock. Je n’ai découvert la France qu’à l’âge du Christ, mais j’aimais bien chanter « Douce France », ça m’amusait.

Madagascar, Randy Donny, livre, Catherine Deneuve, surréalisme, cinéma, Jean Claude Brialy, J ean Roucas, rachid Taha, rockMais il n’y a pas que le rock que je partage avec Rachid Taha. Il y aussi l’histoire. Celui de l’Algérie et de Madagascar est parallèle. Dans la liesse comme dans la tristesse.

Après la guerre, un de ses oncles, qui s’est battu pour la France contre les Allemands et en Indochine, est rentré en Algérie encore sous colonie française. « Au cours de la « pacification » organisée par les Français, mon oncle se cachait dans le maquis. N’arrivant pas à le trouver, les militaires ont arrêté un autre de ses frères. Ils l’ont torturé pour qu’ »il révèle la cachette de mon oncle. Malgré la douleur, il n’a pas parlé. Les militaires l’ont alors fait monter dans un hélicoptère. Il était en piteux état mais encore vivant. Arrivés au-dessus du village, ils l’ont jeté. Mon oncle s’est écrasé au sol. Il s’agissait d’impressionner les villageois ».

On a également retrouvé à Madagascar cette France qui, à peine sortie des horreurs nazies, pratique des tortures digne du génocide. Outre ce parachutisme sans parachute, des résistants du Sud-Est de l’île était également mis à sacs, ou plus exactement mis dans des sacs, pour être balancés dans la mer.

Comme Rachid Taha, j’avais aussi un oncle qui a combattu les colons français en 1947. Joseph Ralaivao était chef de guerre dans la région de Mananjary. Il est cité dans Jacques Tronchon, “L’Insurrection malgache de 1947”, pp. 48 à 51.

J’ai quitté le Sud-Est de mon enfance à la fin des années 70 pour la capitale, à une époque disais-je où une seule chaîne de télé arrosait tout Madagascar. Et nous, on n’avait pas de télé en arrivant. Comme la famille Taha à la même époque. On allait chez les voisins tous les soirs pour la regarder. C’est ainsi que j’ai vu « L'Opium et le Bâton », un film sur la guerre d’Algérie. Plus tard, j’ai appris qu’un film sur la lutte anti-colonialiste à Madagascar, « Ilo Tsy Very » (1987), était co-financé par l’Algérie. Ironiquement, ce sont des Algériens qui y jouaient le rôle des colons français ! Le tout au grand regret de son réalisateur, Solo Ignace Randrasana, qui a alors dû adapter son scénario sur l'autel de la révolution socialiste !

Dans son autobiographie, Rachid Taha dézingue tout le monde. Woodstock (« à l’image de mai 68 : une révolte organisée par des fils de bourgeois qui s’ennuyaient »). Coluche et ses Restos du Cœur qui « entretiennent la pauvreté, en permettant aux divers gouvernements de se débarrasser de la question puisqu’une association privée fait le travail à sa place… La preuve est que d’année en année, il y a toujours plus de pauvres en France et de repas servis aux Restos du Cœur. Alors que l’objectif était quand même que ces Restos disparaissent faute de « clients ». SOS Racisme, qu’il accuse d’avoir récupéré la main de Fatma, logo de Carte de Séjour, et qui n’avait qu’un « seul objectif et un seul : non pas combattre le racisme, mais prendre une grande partie de la jeunesse dans le filet d’une lutte généreuse pour les faire entrer dans le giron du parti socialiste ». Effectivement, on verra que Harlem Désir, un nom ô combien symbolique et qui a contribué à la réussite du mouvement, deviendra plus tard Secrétaire général du PS. L’Islam : « la croyance en Dieux n’est plus considéré comme appartenant à un peuple et à des individus, mais comme une nécessité universelle qui doit être imposée à tous les individus : elle devient alors hégémonique et totalitaire, donc échappe au champ de la culture pour n’être plus qu’une revendication politique ». Une réflexion qui conforte la nécessité de la laïcité républicaine, quelle que soit la religion.

Un jour, Rachid Taha a été approché par Santana qui voulait faire une reprise de « Kelma » et la musique avec. Rachid Taha a refusé. « Je veux bien que tu adaptes le texte, OK but this music is MY music ». La même rencontre s’est déroulée entre Santana et un artiste malgache, Jaojoby. His Majesty Santana voulait également reprendre un titre du roi du salegy avec la musique. Jaojoby a refusé.  Santana a fait vade retro. Mais il prendra la chanson de Rachid Taha qui deviendra « Migra ». Deux artistes, deux mesures ?

Kebab a Loula et KousKous Klan !

Randy

*Jeu des mots dérivé de « Tahaka ahy », comme moi

06/12/2017

On a tous quelque chose en nous de Johnny, surtout moi

C'est une expression qui sera utilisée, usée, galvaudée pendant des mois en ce jour de disparition de Johnny Hallyday. Comme Macron, je n'ai pas cherché à être original, préférant communier avec les autres fans à travers ce titre. D'ailleurs, l'album hommage, "On a tous quelque chose de Johnny", tombe juste à un moment où le king du rock francophone disparaît. C'était l'idole des jeunes, c'est l'idole de toutes les générations. A dieu l'artiste !   

En rentrant, on se surprend à chatonner une chanson de l’ancien voyou de quartier, Johnny Hallyday :

« C’est un noël pour les enfants perdus,

Pour tous ceux qui n’y ont jamais cru.

C’est un noël pour les chiens sans collier.

Pour l’enfant de la rue que j’étais… »

Telle était la  chute d'un reportage de nuit  sur noël que j'ai écrit pour "L'Express de Madagascar" le  vendredi 26 décembre 1997. Comme tout patrimoine du rock, vivant ou pas, Johnny Hallyday m'accompagnait dans mon quotidien. Cela fait un  peu bizarre qu'il disparaît la veille de noël. "Noël Interdit" est ma chanson de noël préférée. Mais je l'écoute tellement en décembre qu'il reste en tête de ma playlist toute l'année.

Je me souviens des couvertures de "Salut les copains" et les posters, notamment avec Sylvie Vartan, que j'accrochais sur les murs de ma chambre. Je me souviens d'un spectacle de Papa James spécial Johnny Hallyday au gymnase couvert de Mahamasina qui a divisé les fans dans les années 80. Je me souviens également de ses projets de concerts à Madagascar dont le dernier, en  2009, a été annulé parce que son producteur de l'époque, Jean-Claude Camus, qui s'est déplacé lui-même à Tana, a estimé que le contexte sécuritaire n'est pas favorable pour un tel événement...                   

Les puristes du rock anglo-saxon se moquait doucement de lui. Injustement. Johnny Hallyday est un authentique rocker, le premier à avoir parfaitement compris le rock'n roll attitude. Il avait la tête dans les étoiles du star spangled banner. Mais il avait néanmoins les pieds sur terre. Voilà pourquoi il a refusé une proposition d'incarner James Dean à l'écran.

Johnny Hallyday, Madagascar, rock, Randy Donny

Je suis un fan de Johnny Hallyday au cas où on ne l'aurait pas encore compris. Et il me le rendait bien. "J'ai 16 ans et j'ai mal dans ma peau", chantait-il dans "Génération Banlieue". A l'époque, il n'avait plus 16 ans. Mais moi, oui ! Dès lors, comment ne pas faire corps avec ce phénomène que je  prenais plaisirs à imiter. Sa voix. Pas le personnage qui est unique, inimitable.

L'idole est parti. Mes tendres années ne reviendront plus. Mais Johnny Hallyday restera à jamais gravé dans le Panthéon que forme les cœurs de ses fans.

Randy

                         

13/09/2017

Dans ma bibliothèque, quand Tananarive d’hier ne diffère pas de celui d’aujourd’hui

Tâches douteuses et feuilles jaunies.  J’adore les vieux livres. Les bouquinistes d’Ambohijatovo le savent car c’est ce que je cherche quand j’y fais un tour. Mais il n’y a pas qu’Ambohijatovo. A Ampefiloha, devant le lycée éponyme, un vendeur de livres d’occasion étale ses marchandises à même le trottoir. « Cela fait fort longtemps qu’il se trouve là», me dit mon chauffeur.  Je lui ai déjà acheté plusieurs livres dont un Coran (!). Au vendeur de livres, pas à mon chauffeur…

Cette fois-ci, c’est un vieux bouquin écrit par un certain Pierre Enim en 1929 et publié chez Hachette en 1932. J’ai marchandé, prétextant que « personnes d’autres ne s’y intéresserait, à part moi ». Je culpabilise un peu. Si ça se trouve, c’est peut-être son seul revenu de la journée. Et je me permets de grignoter encore…

Sitôt entré dans ma voiture, je lis le livre d’un seul trait. Comme à mon habitude. Et comme d’habitude, je ne suis pas déçu. J’adore les livres anciens. Ceci est une petite annonce pour ceux qui en possèdent et qui veulent s’en débarrasser.

Pierre Enim est inconnu au bataillon des auteurs « vazaha » ayant écrit sur Madagascar sous la colonisation. Sans titre-1.jpgMais c’est vraisemblablement un magistrat ayant exercé à Tananarive et qui a visité Antsirabe. C’est du moins ce qui ressort de ses récits et des amis qu’ils fréquentent.

Dans ce livre, il brosse un portrait sans complaisance d’un Madagascar qui s’avançait par lui-même vers la modernité avec son drapeau, sa littérature  et ses ordres de chevalerie, mais dont l’indépendance a été stoppée nette par la colonisation française.

Pierre Enim débarque dans un Tananarive de 800.000 âmes que trente-trois ans d’occupation française dite « vigoureuse » (sic) n’ont pas apportées que le progrès. Les filanzanes ont « disparu de la ville (et) ne sont plus que curiosités de musée et sujets de timbres-poste », mais les rues demeurent toujours poussiéreuses.

« Sur les trottoirs, d’immenses caisses municipales à ordures publiques, caisses sans fond ni couvercle, remplies à toute heure, attendant pendant vingt-quatre heures, à l’air libre, le passage de la charrette collectrice. C’est par nuées, à l’enlèvement, à la pelle, de leur contenu, qu’en sortent mouches vertes et insectes ailées de toutes sortes », écrit-il avant de continuer un peu plus loin : « dans le creux des ruisseaux, l’eau stagne avec des détritus  de toutes sortes sans que jamais le balayeur public n’y passe son balai. Celui-ci, d’ailleurs, par la forme plate qu’il a généralement, n’est pas fait pour ce nettoyage-là ».

Sans titre-2.jpg

Si le fantôme de Pierre Enim revient à Madagascar 85 ans après, il constatera que pas grand-chose n’a pas changé de ce côté. Pas plus que dans l’usage du français. Selon lui, « les  trois quarts des malgaches du peuple de la ville, jeunes et vieux, non seulement ne parlaient pas le français, mais encore ne le comprenaient pas  (…) Vous croyez, vous Français de la Métropole, comme je le croyais, moi-même, avant mon arrivée à Madagascar, que, dans les écoles primaires indigènes, publiques tout au moins, les classes se faisaient en français ? Erreur. Les classes se font en malgache et les pédagogues – des malgaches – sont, pour les neuf dixièmes, complètement ignorants des mots les plus usuels de notre langue. Voilà pourquoi, l’ancien écolier de l’école indigène ne sait parler et écrire que sa langue originelle, le malgache ».

Voilà de quoi apporter de l’eau au moulin des partisans du « fanagasiana ». En tout cas, Pierre Enim n’a pas mis du temps pour comprendre toutes les ficelles du parler (on non) malgache : « Han, han, han » vous répondent-ils quand vous vous adressez à eux en langue de Molière, ce qui signifie, suivant les circonstances : « Je ne sais rien… passez votre chemin… vous m’importunez. »

Réaliste, Pierre Enim se rend à l’évidence : « un pays conquis conservant la langue de ses ancêtres ne sera jamais un pays absorbé par son conquérant ». Mieux : visionnaire, il annonce les prochaines révoltes anticoloniales pilotées par les anciens combattants, ceux qui, en combattant pour la France durant la première guerre mondiale, ont pris conscience que les blancs ne sont pas invincibles. Biberonnés aux discours sur la liberté, l’égalité et la fraternité, ils réalisent à leur retour au pays que tout ceci n’est que coquilles vides à Madagascar.

Pierre Enim est un des rares colons à avoir fustigé l’indigénat. « A l’encontre du droit (j’allais dire du bon sens) il se produit ceci à Madagascar : le Malgaches, enfant de sa terre est, chez lui, un homme sans patrie existante (…) Quoique Gallieni eut dit (J. O. du 3 mars 1897) après avoir déporté sa dernière à la Réunion : « La France vous considère, maintenant, comme ses propres enfants », l’indigène, mis en marge de la patrie françaises, est demeuré indigène, comme si l’indigénat était une nation, un Etat ».

Ainsi, conclut Pierre Enim, « peut-on, allégrement, comme pour un peuple inculte, assujettir à ses lois un peuple civilisé, un peuple conscient, un peuple à histoire et à coutumes ? Ne porte-t-il pas, toujours, au fond du cœur, ce peuple-là, l’amertume de la perte de sa nationalité ? n’y garde-t-il pas, en même temps, la haine de son conquérant, surtout quand ce conquérant a eu la maladresse, au lieu d’essayer de l’assimiler, de le traiter toujours en conquis ? Et n’est-il pas à craindre qu’un beau jour, cette haine-là n’éclate, brutale, sanglante ? (…) Au début de la guerre, après la défaite de Charleroi et la descente, à Bordeaux, du Gouvernement, alors que, dans le monde, on croyait la France perdue, une organisation secrète d’intellectuels malgaches, pour l’autonomie du pays, la V.V.S. (Vy vato Sakelica, Fer et pince sous le bras) n’avait-elle pas déjà commencé à soulever le peuple contre les Européens, ne projetait-elle pas de les faire rejeter du pays ?

L’avenir seul répondra de notre politique, l’avenir, c’est-à-dire la levée de la 2è ou de la 3e génération des Hovas, conquis, et pas plus » .

On verra effectivement par la suite qu’à la tête de la rébellion de 1947 se trouvait des démobilisés  d’une autre guerre mondiale, la  2è

Non, ne nous trompons pas. Comme Laborde, il ne faut pas prendre Pierre Enim comme il n’est pas. C’est toujours un « vazaha » qui pense « vazaha » et qui émet des réflexions dans l’intérêt des « vazaha ».

« Si Madagascar était anglais, belge ou allemand, depuis les trente ans que nous y sommes, il « rendrait » des milliards et compterait une population blanche de quarante mille habitants. Sa population indigène serait d’un chiffre double de son chiffre actuel et sa population métisse d’un chiffre triple », philosophe-t-il.

En 1929, Madagascar comptait 3 millions d’habitants dont 10.000 « vazaha ».

Après la lecture de l’ouvrage de Pierre Enim, on constate que Madagascar fait du sur place depuis un siècle ! Toujours spolié par « des peuples du dehors » (sic) et terrorisé, à l’intérieur, par des « dahalo ».

« Les Tontakelys sont des bandes armées de pillards qui, encore aujourd’hui (1929), dans les régions de l’île non pourvues de postes militaires ou de brigades de police, se ruent dans les villages qu’ils mettent à sac, souvent à sang ».

Comme ce « aujourd’hui (1929) » sonne d’actualité !

Randy

06/08/2017

Dans le Top 3 des blogs malgaches

Ceci est une occasion pour réparer un malentendu émanant de la jeune génération : je suis un journaliste qui tient un blog et non un blogueur devenu journaliste !

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Le journaliste-bloggeur

Comme le soutient Lova Randriatavy dans son rapport d’étude sur “L’impact de la structure de propriété des médias sur le travail du journaliste » (pour le compte de Friedrich Ebert Stiftung, 2012), « Certains journalistes de la presse écrite échappent aux restrictions de leur organe de presse en écrivant en même temps dans d’autres types de supports médiatiques (ex : presse en ligne) pour exprimer librement ces opinions. Il existe d’autres astuces pour contourner les limitations à la liberté d’expression : s’exprimer dans des blogs sur internet est un meilleur moyen d’émettre ses opinions étant donné qu’aucune législation ne régit encore ce domaine à Madagascar ». Il apparaît ainsi que les blogs servent aux journalistes à livrer leurs propres opinions, et dans une certaine mesure, pour s’affranchir de la ligne éditoriale de l’organe de presse étant donné que le blog fait aussi partie des autres types de supports médiatiques cités par Lova Randriatavy.

Toutefois, cette présence de quelques journalistes demeure minime, sachant que l’effectif total des journalistes en exercice à Madagascar est de 1200 environ. Ce frein au développement du journalisme-blog peut se justifier, en partie, par l’avènement de la loi sur la lutte contre la cybercriminalité, qui est la nouvelle législation en la matière. En effet, le journalisme-blog devait son intérêt, dans une certaine mesure, par un vide juridique qui partant, favorisait la liberté d’expression via les systèmes et réseaux informatiques. Ce type de journalisme connaît aussi les mêmes obstacles liés au taux de pénétration d’Internet à Madagascar.

Parmi les bloggeurs-journalistes malgaches les plus connus figurent : Jeannot Ramambazafy (directeur de rédaction du site Madagate), Randy Donny (journaliste freelance) et Rivonala Razafison (journaliste scientifique).

Rivonala.blogspot.com

Rivonala Razafison s’est vu décerner le Prix de reportage sur la biodiversité ou BDRA 2007 organisé par Conservation International et ses partenaires, alors qu’il était journaliste de la presse écrite «Le Quotidien». Le blog de Rivonala Razafison aborde principalement les questions environnementales, avec des articles d’approfondissement et spécifiques sur la biodiversité, la déforestation, le changement climatique, la santé, la vulnérabilité, et la conservation. Le blog se veut être une modeste contribution à la promotion du journalisme scientifique à Madagascar. Les articles sont publiés en langue française, mais les interventions ne sont pas régulières. Ainsi, le dernier article mis sur le blog remonte à 2015.

Jeannotramambazafy.overblog.com

Jeannot Ramambazafy se fixe comme objectif, à travers son blog, de promouvoir le développement culturel et social de Madagascar. Le blog est davantage utilisé comme espace où le journaliste s’exprime régulièrement sur les différents événements ayant trait à la politique interne et pour élargir son audience. La langue utilisée est le malgache essentiellement, avec quelques alternances avec le français pour évoquer certains concepts. Rappelons que Jeannot Ramambazafy est le directeur de rédaction de Madagate.org.

Randydoit.hautetfort.com

Randy Donny est enseignant de formation de l’Ecole Normale Supérieure, historien-géographe et journaliste par passion, ancien de la Fondation Journalistes en Europe (Paris). Le blog de Randy Donny est l’espace où il essaie de partager son point de vue avec ses visiteurs, notamment sur des questions d’ordre politique, mais également sur des aspects moins formels comme le shopping et les genres musicaux. L’auteur publie des articles et des photos à un rythme non régulier, à deux semaines d’intervalle en moyenne.

18/05/2017

Ultime bafouille pour Christian Chadefaux

Il est mort un 3 mai, journée de la liberté de la presse. Il a beaucoup donné pour la presse et la liberté.

Christian Chadefaux était mon chef, mon mentor (du malgache "manorotoro", aurait dit Xhi & Maa, nos amis communs). C'est lui qui m'a accueilli à "L'Express" en 1996. Avec lui, il n'était pas nécessaire de faire une conf'réd quotidienne pour sortir un journal que les lecteurs vont s'arracher. Chaque journaliste sait ce qu'il doit faire et part chacun de son côté à la chasse aux scoops. Pendant nos huit années d'Ankorondrano, il n'a cessé de faire augmenter substantiellement mon salaire chaque année alors que d'autres se plaignaient de faire du sur place. 

Il était arrivé à Madagascar  à 17 ans. L'Auvergnat ne le quittera que 60 ans plus  tard. Sa disparition m'a tellement surpris et ému que je n'ai pas trouvé mes mots. En guise d'ultime bafouille donc, je reproduis ici cet article du journal "Les Nouvelles" à la tête duquel je l'ai succédé lorsque le régime Ravalomanana l'a expulsé, ainsi qu'un autre journaliste, Olivier Péguy et le père Sylvain Urfer.

 

Madagascar, presse, journalisme, Christian Chadefaux, Randy Donny

Pourquoi Christian Chadefaux a été expulsé

    

Au lendemain du décès du rédacteur en chef fondateur des Nouvelles, il est juste que la vérité soit dite sur un événement qui a fait couler beaucoup d’encre.

On a toujours connu Christian pour son franc-parler un peu frondeur. Sa volonté de quitter L’Express pour créer Les Nouvelles n’a fait que libérer son esprit libre. Malheureusement, le quotidien a été créé sous le règne de Ravalomanana dont on connaît le peu d’appétit pour la chose écrite et l’humour.

Tout a commencé par un papier anodin dans les Marchés Tropicaux, qui faisait le parallèle entre feu Herizo Razafimahaleo dont Christian admirait le parcours et l’intelligence, et Ravalomanana dont il moquait l’inculture. Cet article se finissait sur le meilleur état de santé du cadet, ce qui a mis le président de l’époque dans une grande fureur.

Entretemps, sa liberté de parole lui avait fait écrire un mail assassin sur la moralité et la compétence de Rolly Mercia et Alphonse Maka auprès de L’union de la Presse francophone. Ces derniers ont alors déclenché une vendetta qui a conforté Ravalomanana dans le fait que les confrères ne bougeraient pas. Ce qui a été le cas. Même si Christian Chadefaux a fait toute sa carrière dans la presse malgache, il est resté le vazaha donneur de leçon aux yeux de grand nombre d’entre ceux qui sont passés par son apprentissage brutal.

Deux événements ont accéléré une décision prise sous la colère. Les procédures balbutiantes du quotidien qui en était à ses débuts, ont permis que le caricaturiste passe lors du passage de Kofi Annan secrétaire général de l’ONU une blague de mauvais goût. «On nous confie un âne». Qui méritait tout juste qu’on se moque du peu de finesse du calembour mais qui a provoqué l’ ire du Président, des appels du Premier ministre et des ministres pour exprimer sa colère.

L’esprit facétieux de Christian a pu se défouler lorsque, tout heureux d’avoir un scoop, il a appris que le fils Ravalomanana allait se marier à une Bulgare. Le jeu de mots sur le yaourt au goût bulgare est venu se loger dans l’éditorial. Cet article a été discuté en conseil de gouvernement. Pour si peu…

 48 heures pour quitter le pays quand on y a été 6 décennies… La sanction, malgré toutes les interventions et supplications, a été appliquée. Nous avons été peu nombreux à l’accompagner à Ivato pour un départ définitif qui l’a laissé amer et désabusé sur le pays et surtout ses dirigeants. Il y avait une incompatibilité entre la présence d’un esprit libre et le régime autocratique de Marc Ravalomanana. De la même manière qu’a été expulsé Paul Giblin, directeur général de la banque MCB, dont la grande erreur a été de laisser apparaître un léger mépris pour le guide suprême. Ou le Père Sylvain Urfer dont les critiques étaient trop diffusées internationalement.

A l’heure où dans le monde, on voit les extrêmes se banaliser et s’installer au pouvoir, il est de notre devoir de rester vigilant. On ne peut pas laisser le pouvoir aux mains d’incultes aux idées courtes qui n’ont aucun sens de l’humour. Il y va de la survie de l’humanité. En tout cas de celle dont on défend les idéaux. Au-delà de cette page d’histoire qui se referme avec la mort de Christian Chadefaux et au lendemain de la célébration de la Journée de la liberté de la presse, il est impératif de se retourner sur 300 jours d’un code de la communication liberticide. Les pouvoirs qui se sont succédé ont tous eu la tentation de museler la presse et les médias. C’est une bataille qu’ils peuvent parfois gagner, mais la guerre est perdue d’avance. De Ratsiraka à Ravalomanana, aujourd’hui Rajaonarimampianina, la liberté de l’ esprit a toujours finalement vaincu. Même au fait de leur puissance, les présidents fondateurs doivent garder à l’esprit qu’au Gondwana, leur pouvoir est éphémère…

N. A.